Extrait de l'
”Economisch Archief van Nederland en Kolonïen” (1936)
N.V. Kristal- Glas - EN AARDEWERKENFABRIEKEN
“DE SPHINX”
v/h PETRUS REGOUT & Co. Maastricht
Si on considère l'activité sans cesse en éveil qui se manifeste à l'heure actuelle aux Pays-Bas, dans beaucoup de grandes industries employant des centaines et même des milliers d'ouvriers, et qu'on y compare la situation déplorable dans laquelle était plongée l'industrie nationale il y a un siècle seulement, on peut à juste titre être fier de ce qu'a su réaliser l'initiative néerlandaise dans un laps de temps relativement court.
L'énergie et l'esprit d'initiative furent les qualités dominantes des hommes de ce siècle, mais notre reconnaissance va surtout à ceux qui par leur exemple stimulant ont donné l'impulsion de ce développement énorme. Ceux-la doivent être considérés comme les pionniers du mouvement industriel néerlandais.
Parmi eux il faut en premier lieu citer PETRUS DOMINICUS REGOUT, fondateur de la puissante maison industrielle de réputation mondiale, la s.a. CRISTALLERIES, VERRERIES ET FAIENCERIES LE SPHINX Ci-devant PETRUS REGOUT & Co. à Maestricht.
Cet industriel de grande envergure naquit le 23 mars 1801 d'une famille où la fabrication et le commerce du verre et de la faïence étaient une tradition et qui s'implanta à Maestricht dans la seconde moitié du 17ème. siècle, venant du pays de Liège, où déjà elle avait importé de Venise la fabrication des verres si réputés. Par suite de la mort de son père, PETRUS DOMINICUS REGOUT se trouva forcé à l'âge de 16 ans d'interrompre ses études afin de seconder sa mère dans ses affaires.
Après 1830, lorsque les Pays-Bas méridionaux interdirent toute importation en provenance de Belgique, PETRUS REGOUT, privé de matières premières, décida de se lancer dans la fabrication du cristal et en 1834 la fabrication commença à Maestricht.
En 1835 déjà plus d'une centaine d'ouvriers travaillaient dans la verrerie de PETRUS REGOUT et grâce à l'essor que prit cette fabrication, il construisit en 1836 une fabrique de faïence.
Dés le début de ces industries, le roi Guillaume II s'y intéressa et rendit plusieurs visites à l'usine.
Notre but en tant que Archives Economiques des Pays-Bas et de ses Colonies est de passer en revue quelques unes des dates les plus importantes du développement et de présenter les différents articles qu'on y fabrique actuellement. Nous mettrons ainsi en valeur l'expansion de cette industrie dont bénéficia Maestricht et tout le pays.
La grande compétence du fondateur et l'essor qu'il sut donner à sa fabrication lui valurent très tôt une renommée universelle ainsi qu'en témoigne le grand nombre de médailles et prix accordés lors des expositions internationales de Haarlem (1845), Londres (1851), Paris, etc…
D'habiles ouvriers originaires de différents pays furent engagés à Maestricht : des souffleurs de verre de Venise, des polisseurs de Bohème, des potiers d'Angleterre, etc.. L'expérience de ceux- ci ainsi que les connaissances techniques qu'ils apportèrent s'avérèrent d'une importance capitale non seulement au niveau des procédés de fabrication mais également lors du lancement de nouveaux articles.
En 1850 le nombre des ouvriers s'élevait à 2000 et en 1878, après le décès de PETRUS REGOUT, sous la gestion de ses fils l'affaire prospéra au point que le nombre d'ouvriers s'éleva bientôt à 2500. Au début des l'année suivante l'ancienne affaire de famille fut convertie en Société en Commandite PETRUS REGOUT & Co. Laquelle en 1899 devenait à son tour la s.a. Cristalleries, verreries et faïenceries, Le Sphinx ci-devant PETRUS REGOUT & Co.
Les directeurs actuels sont :
| | Adolphe REGOUT, président et administrateur-délégué |
| | Joseph F.E. REGOUT, ingénieur, membre du Conseil d'administration |
| | dont font également partie le vice-président Jules REGOUT, industriel, directeur de la Wolindustrie v/h Jules Regout & Co. À Maestricht ; |
| | Petrus H. REGOUT, ingénieur, directeur de l'E.N.C.I. à Maestricht ; |
| | F. Weustenraad, ingénieur ; |
| | Th. Jansen, banquier à Maestricht et |
| | L. Brouwers, ingénieur commercial. |
Le collège des Commissaires se compose du vicomte Charles van Aefferden, Clément Regout et Léon Lhoest, ingénieur, directeur de la Papeterie Royale Néerlandaise s.a. à Maestricht. On se reportera en fin de texte pour les liens familiaux de ces personnes.
Le 1er juillet 1925 une société filiale fut fondée à Maestricht, la KRISTAL-UNIE Maastricht s.a. résultant de la fusion entre la section des cristaux et verres de la s.a. le Sphinx et la verrerie « Stella » de la société en commandite « Mosa et Stella ».
L'ensemble des usines et des terrains, couvrant une superficie de 40 hectares, dont 14 hectares bâtis, offre une vue imposante. La faïencerie de la rue de Bois le Duc à Maestricht fournit un assortiment complet de services de table et articles de ménage, en un mot tout ce qui concerne la faïence, aussi bien la faïence blanche que la faïence décorée et imprimée.
Elle fournit aussi de la faïence d'ornementation, telle les assiettes murales, vases et statuettes, exécutées d'après des projets d'artistes réputés. Oiure des sculpteurs qui apportent une collaboration intermittente, des artistes sont attachés à la société. A côté de la fabrication en série d'articles d'usage courant, l'usine produit des objets d'art du meilleur goût. L'historien d'art néerlandais le professeur F.W. Hudi, les évoqua à diverses reprises dans la revue américaine « Antiques » de 1934.
Les articles du « Sphinx » sont présentés fréquemment aux expositions nationales et étrangères et dans les foires commerciales. Au « Rokin » à Amsterdam une salle d'exposition d'un goût raffiné leur a été réservée, où le public peut en outre s'initier au procédé de fabrication complet dans tous ses détails.
L'usine « de Bek » reprise en 1896, située sur l'autre rive de la Meuse, fabrique des carreaux de revêtement blancs et colorés et des carreaux en chamotte. Une section spéciale y a été créée pour la céramique d'architecture.
D'après des projets d'artistes néerlandais réputés, la « KRISTAL-UNIE » fabrique également tant de la gobeleterie classique que des services en cristal pur très élégants, ainsi que des vases, services de toilettes, carafes et autres articles de luxe.
La diversité des articles qui sont fabriqués avec un nombre restreint de matières premières, est prodigieuse. Les quantités de ces matières importées et travaillées journellement sont énormes : Ball clay, China clay et stones d'Angleterre, divers types d'argile d'Allemagne et de Bohème, du feldspath de Suède, sans compter le sable qui se trouve en quantité suffisante en Hollande même.
Les opérations de mouture, de mélange et autres sont minutieusement exécutées au moyen de nombreuses machines car l'outillage de ces usines est des plus moderne. Une importante réorganisation accomplie entre 1934 et 1936 a consisté en l'installation de plusieurs fours-tunnel sous la direction énergique des dirigeants actuels. Ce fait confirme l'opinion de plusieurs experts que les usines du « Sphinx » sont parmi les plus importantes du monde dans le domaine de la céramique.
Le gamme de fabrication continue toujours à s'étendre.
En 1916 commence la fabrication en grande série d'articles sanitaires en faïence et en grès, ainsi qu'en cristal-porcelaine (« vitreous »).
Chaque pièce de faïence qui sort de l'usine, est munie d'une bande bleue « ne se fendille pas ». Cette qualité se révèle indispensable pour éviter la propagation et la prolifération de microbes qui pourraient infiltrer la porcelaine.
A la suite d'une profonde analyse de ces sanitaires, Chr. K. Visser, ingénieur, professeur ès sciences et recherches en matières architecturales à Delft, déclara dans son traité « Matériaux de construction », « Le fini et l'émail en sont irréprochables et toute la fabrication peut se comparer avantageusement jusque dans ses moindres détails avec les meilleurs produits anglais ».
Depuis 1922 le Sphinx a mis sur le marché une nouvelle série d'articles : la faïence réfractaire de ménage, résistante aux acides et déjà très connue sous le nom de « Parafeu ».
Le 23 avril 1925, l'Ecole Nationale des Grès et Faïences à Gouda a décerné au Sphinx l'attestation suivante : « Le Parafeu du Sphinx à Maestricht , examiné par nous, est d'une excellente qualité et présente un émail exempt de tout poison. On ne saurait trouver mieux en fait de poterie réfractaire ».
Mais, même sans une telle attestation, le « Parafeu », par sa couleur attrayante et sa qualité supérieure, avait déjà conquis une place importante sur le marché de plusieurs pays européens et d'outre-mer.
Cette industrie qui exporte dans le monde entier, représente pour Maestricht une importance capitale. Par le chiffre considérable de salaires payés à ses milliers d'ouvriers, elle exerce une grande influence économique sur la ville où elle est établie. Son nombreux personnel y trouve une existence prospère et régulière. Depuis 70 ans environ, des caisses de secours pour les ouvriers malades, les invalides, et les vieillards ont été ouvertes et la retraite des employés est assurée par une caisse de pensions instituée par le Sphinx..
Plusieurs bâtiments modernes, d'une hauteur de 40 mètres, ont été construits par le bureau d'étude des usines. L'entretien et la réparation des machines et des installations de toutes sortes sont assurés par un vaste atelier de mécanique.
Le département d'emballage en caisses etc.. utilise de grandes quantités de bois, tandis que journellement de nombreux wagons transportent du charbon provenant des mines du Limbourg pour alimenter les fours et produire l'électricité qui fournit la force motrice. Depuis quelques années, les fours-tunnel ont été équipés au gaz, lequel est fourni par la mine de charbon de l'état « Maurits » et amené aux usines par un tuyau sous haute pression.
La Société Anonyme Sphinx travaille encore toujours avec son capital initial de 4 millions de florins et se trouve dans une situation financière indépendante. Elle n'a jamais dû faire appel au marché financier.
Par son chiffre d'affaire élevé (importations et exportations), elle exerce une influence favorable sur beaucoup d'autres entreprises néerlandaises.
La société est maintenant entrée dans le deuxième siècle de son existence. A la suite d'une importante reconstruction et d'une grande rationalisation qui seront menées à bien en 1936, cette entreprise comptera parmi les plus modernes dans son genre.
Elle est restée essentiellement jeune ; ses dirigeants scrutent toutes les possibilités afin de lui assurer dans l'avenir une prospérité toujours croissante.
Nota :
| | Fernand Weustenraad est le fils de Maria Regout (1ère branche féminine) |
| | Léon Brouwers est le fils de Emilie Regout (2ème branche féminine) |
| | le Vicomte Charles van Aefferden a épousé Maria Leurs, fille de Pauline Regout (3ème branche féminine) |
| | Théodore Jansen a épousé Maria Regout, fille de Eugène Regout |
| | Léon Lhoest est le fils de Laura Regout, fille de Eugène Regout |